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« Un employeur qui intègre le logement dans ses politiques RH en devient responsable et aussi responsable de la difficulté », Jérôme Friteau, Directeur des Relations humaines chez l’Assurance retraite

Dans la continuité de notre dernier article portant sur l’importance des politiques de logement dans le développement des entreprises (et des services publics), l’équipe de 1salarie1logementabordable.fr mène une série d’entretiens avec des professionnels reconnus.  

Ainsi, l’équipe de 1salarie1logementabordable.fr a eu la chance d’échanger avec Monsieur Jérôme Friteau, Directeur à l’Assurance retraite et enseignant à Sciences Po Paris et à l’École Nationale Supérieure de la Sécurité Sociale qui a pu partager son regard sur les réalités du terrain. 

Logement : des disparités territoriales criantes

« Les difficultés (d’accès au logement) sont particulièrement visibles en Ile-de-France, notamment à Paris et dans les Hauts-de-Seine », explique Monsieur Friteau. « On retrouve cela aussi dans les grandes métropoles de Lyon, Marseille et Bordeaux. Les prix chutent quand on s’éloigne des métropoles» ajoute-t-il.

Pour Monsieur Friteau, le constat est alarmant : de nos jours, il devient de plus en plus compliqué pour les salariés de se loger dans des zones tendues comme les grandes métropoles françaises alors que ces territoires bénéficient de la concentration exponentielle de l’offre de travail. Les employés de l’Assurance retraite ne font pas exception : ils travaillent principalement dans les secteurs tendus. 

Familles monoparentales, jeunes recrues : des profils particulièrement vulnérables

Au cours de l’entretien, Jérôme Friteau a attiré notre attention sur les difficultés en matière de logement rencontrées par certaines catégories de la société auxquelles on ne pense pas d’emblée, telles que les familles en cours de séparation et les jeunes recrues. En effet, « au moment d’une séparation de couple avec enfant, le prix du logement devient insupportable. Les personnes individuellement n’arrivent pas à se reloger sur une surface suffisamment grande pour héberger la famille notamment quand il doit y avoir une chambre pour l’enfant », déplore-t-il.

Autre situation préoccupante : celle des jeunes salariés. Monsieur Friteau révèle des cas exceptionnels, mais révélateurs, d’un salarié dormant dans sa voiture pendant sa période de formation et des salariés n’ayant pas encore de domicile fixe au moment de la prise de poste. Une réalité – également documentées par des entrepreneurs et des élus locaux – qui illustre les limites du système actuel d’accompagnement.

Un système qui est aujourd’hui guidé en grande partie par Action Logement, dont les moyens apparaissent trop limités au regard des besoins.

Action Logement : un système qui ne permet pas d’agir en urgence

Bien qu’établissement public, l’Assurance retraite verse volontairement une contribution annuelle à Action Logement afin de bénéficier de ses services en matière de logement.

Or, Jérôme Friteau constate que les bailleurs sociaux et Action Logement ont des difficultés à répondre aux situations d’urgence « de type séparation de couple avec enfant ». Selon Monsieur Friteau, « cela réduit un peu l’impact de l’action de l’employeur [en matière de logement] et la perception du salarié ».

Logement : impact sur la productivité, le bien-être et la mobilité

L’impact de ces difficultés sur les recrutements est moins visible à court terme mais les conséquences apparaissent dans la durée. « On découvre parfois bien plus tard qu’un salarié est en grande difficulté sociale, voire sans domicile fixe », souligne-t-il. « Parfois, les employés dissimulent leurs difficultés au moment de l’entretien d’embauche », précise-t-il. Les effets sont également notables sur la productivité et le bien-être : « Les problématiques de logement se cumulent avec celles liées à la parentalité ou au rôle d’aidant ». Concernant l’allongement des trajets travail-domicile, provoqué par les difficultés d’accès au logement proche du lieu de travail, Monsieur Friteau constate, qu’à partir de 55 ans, la question du transport devient plus prégnante.

Le témoignage de Jérôme Friteau met en lumière une tension sociale croissante : le logement des salariés n’est plus une question périphérique mais un enjeu central de politique RH, à la croisée du bien-être, du développement durable et de l’engagement.

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